une cigarette. fume en marchant. le cerveau tout chaud. piétons se croisent. le trottoir usé. chewing-gum mâché – la pensée noire – à la menthe. piquant des yeux mouillés. fatigués. le regard des autres. inconnu. pour soi. même. si pieds en marchant existent. le temps tourne. en boucle. Mozart dans les oreilles. je marche je marche. bonne cadence. éviter les pas biaisés des passants pressés concoctés cassés dans le moule mondiale. droite gauche droite gauche. puis gauche puis tout droit puis droite. respiration haletante. cœur battant. triste de devoir encaisser. le méchant monde pitoyable qui agonise en hoquetant. je marche je marche je marche je marche je marche. fourmis dans les gambettes qui fuient l’Ombre agrippée à mon corps. attaché lui même à l’âme lourde râpant ma chair.                   

l’Ombre avec moi, qui disparaît avec moi, qui se fond avec moi et avec toutes les autres ombres pour ne donner qu’un reflet noir, plein, d’un vide immense sans forme. 

cette Ombre qui me tient, qui me tire, qui m’enveloppe partout où je vais, partout où je vais marcher sur terre. Elle va me suivre, Elle va rester avec moi, Elle ne me laissera pas toute seule.

Tu vas rester sur ma route, Tu vas rester sur mes traces et Tu vas t’accrocher, et Tu vas t’accrocher à mes talons, à mes chevilles, à mes jambes, à mon ventre, à mon cou, à ma tête, à moi toute entière. Tu vas me tenir le plus possible. et Tu ne céderas pas. 

je ne m’arrêterai pas, je te sèmerai et Tu te perdras tandis que je me retrouverai. et puis alors je-  

légère brise. vent glacial. gercées les lèvres muettes. vitreux les yeux flous. le cœur obscurcit. Tu te tiens derrière moi. et moi. je ne suis plus que Toi.

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