Come and see est un film biélorusse, écrit et réalisé par Elem Klimov, sorti en 1985 et est l’adaptation de l’œuvre Récit de Khatyn (1971) et du mémoire Je suis d’un village en feu (1977) d’Alès Adamovitch.
1943, Biélorussie. L’action se déroule pendant l’occupation allemande. Le film s’ouvre sur deux enfants creusant dans le sable afin de trouver des objets. Fiora, le protagoniste, trouve un fusil. En rentrant chez lui, il fait part à sa mère de sa volonté de rejoindre « les partisans biélorusses » (mouvement de résistance biélorusse). Malgré la tristesse de sa mère, le jeune homme quitte sa famille et part au combat. Le film raconte son périple.
Come and see se présente comme une critique acerbe de la guerre. En montrant une Biélorussie en pleine occupation, Elem Klimov décide de filmer le conflit par le prisme de la violence, de l’horreur. Rien que dans sa deuxième scène, le visage terrifié de la mère en opposition avec l’enthousiasme insouciant du protagoniste témoigne du caractère horrifique de ce qui l’attend. On peut l’interpréter comme à la fois un avertissement pour son fils mais aussi pour ce que le spectateur s’apprête à voir. L’esthétique très grise, très terne du film (rappelant par moment de la fumée) vient amplifier cette idée.
Nous suivons l’histoire à travers les yeux d’un enfant. L’insouciance face à l’horreur. Cette violence, évoquée plus tôt, est montrée notamment à travers l’évolution du personnage. Par exemple, plus le film avance, moins le protagoniste parle, comme s’il devenait muet face à ces abominations. Son visage change, faisant apparaître les marques de la guerre (recouvert de sang, de terre, de cicatrices…). Le personnage reste impuissant face à ce cauchemar, condamné à n’être qu’un témoin de la situation. Ainsi, le réalisateur nous place (comme le personnage principal) en tant que « spectateur de l’horreur ». Rien que par son titre, qui pourrait se traduire par « Viens et vois », le film nous positionne et oriente notre regard sur l’action. Il dira dans une interview : « Un gamin d’une quinzaine d’années, regarde souvent la caméra : le spectateur est ainsi érigé en témoin et non pris au piège d’une dramatisation accrocheuse »
Elem Klimov nous présente une violence crue, brutale, viscérale. Par exemple, Fiora retourne dans son village mais celui-ci est retrouvé désert. Au moment de repartir, la caméra se tourne pour montrer l’arrière d’une maison, où sont empilés les cadavres des habitants. La mise en scène vient servir le propos du film, notamment en utilisant de nombreux plans séquences (séquence composée d’un seul et unique plan) pour montrer ce que Hannah Arendt appelle : « la banalité du mal ». C’est en ça que réside le message du film : l’horreur vient de l’ordinaire. Ici, il n’est pas question de montrer de grandes batailles spectaculaires (comme pourrait le faire un certain cinéma américain) mais plutôt de présenter un quotidien chamboulé. Par exemple, le fait que l’action se passe essentiellement à la campagne et que l’on ne voit jamais de grandes villes permet non seulement de renforcer cette idée de « l’ordinaire dans la guerre » mais exprime aussi cette volonté du metteur en scène de vouloir montrer ce qu’est réellement la Biélorussie (à savoir un pays composé à 40% de forêts). Le réalisateur a voulu présenter une véritable violence. Une violence du vrai, du réel.
Dans une interview au sujet de son film, Elem Klimov a expliqué vouloir « témoigner » de la guerre qu’il a lui-même vécu. Cette réflexion interroge ainsi sur le rôle d’un metteur en scène mais plus encore du cinéma. Peut-on montrer cette violence à l’image ? Et si oui, doit-on nécessairement la montrer ? Il est important que ce genre de films existent afin de questionner notre rapport aux images auxquelles nous sommes constamment exposées. Come and see est l’une des propositions de cinéma les plus radicales et perturbantes, qui peut s’avérer parfois déroutante.
Dans une interview donnée à Gene Siskel (critique de cinéma américain) dans le Chicago Tribune en 1973, François Truffaud a dit : « Certains films prétendent être anti-guerre, mais je ne pense pas en avoir vu un seul. Tous les films de guerre finissent par être pro guerre ». Je pense sincèrement que Come and see en est un parfait contre-exemple. Même si je suis d’accord pour dire que certains films de guerre finissent par en faire une certaine apologie, notamment en plaçant leurs protagonistes comme une figure héroïque (Tu ne tueras point de Mel Gibson, 300 De Zack Snyder…), d’autres en revanche arrivent à se positionner comme critiques de la guerre. Des films comme Starship Troopers de Paul Verhoeven (à travers un monde de science-fiction pour dénoncer l’impérialisme américain) ou encore Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino (dans un contexte de guerre du Vietnam, le film présente les traumatismes qu’engendre la guerre). A travers ce film, Elem Klimov a réussi à filmer l’horreur de ce conflit et vient rappeler que la guerre est avant tout humaine. « La guerre n’est pas une maladie. C’est un mal insupportable parce qu’il vient aux hommes par les hommes », Le diable et le bon Dieu de Jean-Paul Sartre.




