Photo © Jean-Louis Fernandez | Texte et en scène Pauline Haudepin | La Colline Théâtre National
« Pourquoi continuez-vous à aller au théâtre alors que vous êtes toujours déçus ? » La voix de synthèse désincarnée d’un assistant vocal, rejeton cocaïné d’Alexa et de Siri, embroche le spectateur dès les premières minutes pour le projeter dans l’univers idiosyncratique de Pauline Haudepin. Et si l’IA avait écrit le spectacle ? Non, la plume est trop mordante pour être maniée par Chat GPT (malicieusement rebaptisé chat-j’ai-pété).
L’intro passée, on atterrit dans un comedy club où se produit le jeune et populaire stand-upper Painkiller (Mathias Bentahar). L’instant d’après, il se réveille dans la baignoire de la salle de bain de Sadking (John Arnold), où se déroule l’essentiel de la pièce. Le décor pourrait inviter le glauque (on pense au film Saw) mais non, le king n’a rien d’un Sade. Le Lear du lavabo entend louer, contre quelques comprimés « tue-douleur », l’éponyme bouffon qui guérira son blues du businessman.
La situation surréaliste donne au duo « génération Z versus boomer » un terrain fertile pour s’exfolier mutuellement et excréter ses démons. Qui se moque de qui ? Qui est le vrai fou ? Au fil de la joute, le pommeau de douche se transforme en vocoder, les smartphones finissent en chasse d’eau et les corps se révèlent et se rapprochent. Alors que l’eau du bain se trouble, on se rappelle que la salle de bain reste finalement la pièce qui mène tout (tous ?) à l’égout.
Si l’onirisme peut parfois dérouter, on reste séduit tant par l’univers bizarroïde de l’autrice-metteuse-en-scène, que par le pas de deux des interprètes principaux. Dans ce grand déballage, le tandem nous interroge sur ce qui pourrait venir combler le fossé entre les générations. A méditer dans un bon bain ?




