Texte Nicolas Porcher | Mise en scène Eloïse Bloch | Photo ; Sara-Lou Berthelot Fogel | Théâtre La Flèche
Tout semble aller pour le mieux pour la famille de Jacques (Stéphane Ly-Cuong), jeune professeur retraité franco-vietnamien. Mais ces derniers temps, c’est drôle, des lettres font du saute-mouton dans les paroles du Pater. Un petit rien devient un petit bien. Un mot joue à cache-cache avec un autre. Puis le langage se détraque vraiment. Quand le diagnostic d’une forme rare et dégénérative d’aphasie tombe, toute la famille doit faire face à l’inévitable.
Nicolas Porcher a tiré de son histoire personnelle une pièce touchante qui explore les bouleversements provoqués par la maladie, sans jamais réduire les êtres aux rôles déshumanisés de malade et d’aidants.
Sur le plateau minimaliste du Théâtre La Flèche, la mise en scène inventive d’Eloïse Bloch et la musique jouée sur des instruments traditionnels vietnamiens viennent soutenir le grand huit émotionnel qui traverse l’épouse de Jacques (Marie-Béatrice Dardenne) et leurs deux grands enfants (Ellen Huynh Thien Duc et Quentin Raymond). Faut-il faire comme si de rien n’était, ou se battre jusqu’au bout ?
Le désespoir infuse dans les sourires, comme quand Jacques, qui a trouvé refuge dans la cuisine, concocte à ses proches une verrine de ratatouille … marinée au coca-cola.
La nécessité douce-amer du lâcher-prise est délicatement illustrée par un conte traditionnel en ombres chinoises, dont la pudeur poétique évoque les oeuvres animées de Michel Ocelot.
Jacques nous confie qu’il a perdu ses mots comme on perd ses clés. Le théâtre permet alors d’entrouvrir, pour un moment encore, les portes du souvenir.




