Mise en scène Bernard Sobel | Théâtre de l’Épée de Bois | Photo © Hervé Bellamy

Un plateau habillé seulement de lumière. En fond de scène, trois arches se creusent dans un imposant mur de pierre. Nous sommes au théâtre de l’Épée de Bois, et pourtant nous n’y sommes pas. Les minéraux rougeoient de magma et le grondement d’un volcan nous entoure. C’est bien la Sicile du Vème siècle avant notre ère qui sera ici le théâtre d’une tragédie humaine absolue.

Empédocle (Matthieu Marie) a sauvé Agrigente de ses conflits. La Sicile lui doit tout et le peuple l’adore. Trop. Quand le philosophe, précurseur de Socrate, ose se comparer aux dieux, le grand prêtre Hermocrate et le puissant Critias voient l’occasion de l’éliminer en le vouant à l’anathème. Banni, il ira se jeter dans les flammes de l’Etna.  

De cette trame sans détours, Hölderlin (1770-1843) a tiré une tragédie implacable dont Bernard Sobel a choisi de mettre en scène des fragments. La sobriété radicale de la présentation – tenues modernes aux tons neutres, aucun accessoire – laisse la place nécessaire pour que la puissance du texte résonne au présent. 

Les interprètes, véritables cariatides, soutiennent l’imposant édifice sans se fissurer. On est emporté par le sens du destin que nous révèle Matthieu Marie, bouleversant de justesse. Sa communion fusionnelle avec le cosmos nous renvoie à la question de l’existence-même. Empédocle est-il encore un individu ? Ou la manifestation de la vie ? Difficile de ne pas voir dans l’ascension de l’Etna une métaphore du vertigineux parcours théâtral de Sobel, qui connaît sans doute ici son apothéose.

Les témoins, en particulier l’émouvant Laurent Charpentier qui incarne le jeune fidèle Pausanias, ne peuvent empêcher le cheminement du destin. Au-delà de la cruauté inhumaine du sort, il apparaît comme la promesse d’une nouvelle aube éclatante après le crépuscule. L’espoir survit, toujours.

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