Tout d’abord, afin de bien débuter mon week-end, j’ai eu l’honneur et le privilège de pouvoir interviewer Mireille Herbstmeyer grâce au contact de ma professeur de théâtre, Flore Lefebvre Des Noettes.
J’ai trouvé sa carrière très intéressante, et j’aimerai bien vous en faire part…
Donc laissez moi vous parler de Mireille Herbstmeyer :
Mireille Herbstmeyer est une femme qui sur un « chiche ou pas chiche » avec une amie a décidé d’intégrer le conservatoire de Besançon à l’âge de 16 ans.
Passionnée par le théâtre depuis l’âge de 14 ans, elle l’a pratiqué pour la première fois au lycée en montant et jouant une pièce avec uniquement des actrices, alors qu’il n’y avait que des rôles d’hommes.
En arrivant au Conservatoire, elle se rend très vite compte que contrairement à la majorité des élèves de sa classe, elle est mise dans la case des élèves physiquement « atypiques ». En effet, elle se décrivait comme « grande et rondouillarde » et son professeur adepte d’un enseignement assez classique, l’a limitée seulement à des seconds rôles, tels que des rôles de duègnes et de servantes.
Néanmoins, malgré l’apprentissage assez moindre lors de ses cours classique au Conservatoire, elle y fait une rencontre qui va littéralement changer sa vie.
Et cette rencontre n’est ni plus ni moins celle qu’elle a faite avec Jean-Luc Lagarce, qui par ailleurs, faisait aussi partie du groupe des personnes physiquement atypiques: trop grand, trop maigre, un visage émacié avec un grand nez.
Ce détail peut paraître chétif pour certains, mais c’est pourtant avec ce groupe de personnes que Mireille va vivre sa première expérience de troupe théâtrale.
Effectivement, ce groupe avait un fort désir de faire du « théâtre de leur âge ».
Jean-Luc Lagarce commençait déjà à écrire et à leur distribuer des rôles qui leurs convenaient parfaitement.
À présent, permettez moi de vous parler un petit peu de la vision qu’a Mireille Herbstmeyer de Jean-Luc Lagarce.
Comme vous l’aurez compris, il a été pour elle une personne déterminante dans sa vie et dans sa carrière. Elle dira même que sans Jean-Luc Lagarce, elle n’aurait pas forcément poursuivi sa carrière d’actrice et aurait probablement fini ses études en lettres supérieures. C’est une femme qui ne voulait pas devenir comédienne « à tout prix ».
Mais dans les histoires passionnantes et drôles de Jean-Luc Lagarce, elle a trouvé un réel enthousiasme à jouer, un enthousiasme qu’elle ne retrouvait pas forcément pendant le cours classique du Conservatoire de Besançon.
Elle appréciait en lui sa vaste culture, son grand sens de l’humour, et son incessante quête d’authenticité chez les individus. Elle admirait sa façon de manier le théâtre de l’absurde (notamment celui d’Eugène Ionesco), où tout était permis, créant ainsi une atmosphère constamment festive.
Il a fait exploser les codes du théâtre classique. De plus, elle le qualifie « d’homme en avance sur son temps », pionnier de l’autofiction et de l’introduction des sous-textes dans ses œuvres. Il s’est positionné en continuateur de ceux qui ont écrit avant lui, mais en rajoutant un degré afin d’emmener le public dans la tête de l’auteur. Il a montré là les rouages de l’écriture même.
Et l’écriture et le texte pour Mireille Herbstmeyer, c’est primordial !
Pour bien comprendre ses personnages, elle ne se fie à rien d’autre qu’au texte, le sien et celui de ses partenaires. Selon elle, le texte est directeur, il faut le décrypter comme une partition musicale.
Qui plus est, elle préfère travailler avec quelqu’un qui écrit des textes encore jamais entendus, car c’est inouï pour elle de tout créer, c’est un véritable challenge. C’est donc pour cela qu’elle préfère défendre des textes contemporains , même si elle a également pu jouer du classique.
Par ailleurs, après plus de 20 ans de collaboration exclusive avec Jean-Luc Lagarce, la mort de ce dernier en 1995 a marqué le début d’une nouvelle aventure professionnelle pour Mireille Herbstmeyer. Cette fois, elle s’est associée au dramaturge et metteur en scène français, Olivier Py. Cette aventure commencera dès lors qu’elle le rencontrera lors d’une mise en scène de Jean Luc Lagarce en 1991.
Mais ils commenceront seulement à travailler ensemble en 1996, lorsque Olivier Py a décidé de mettre en scène la pièce « Nous, les héros », un projet que Jean-Luc Lagarce avait envisagé avant son décès.
Pour cette pièce, Olivier Py a fait appel à Mireille Herbstmeyer car il a été séduit par ses talents d’actrice.
Depuis lors, ils ont régulièrement travaillé ensemble étant donné que leur collaboration fonctionnait à merveille.
Pour l’anecdote, Jean-Luc Lagarce a fondé la maison d’édition « Les Solitaires Intempestifs » dans le but de publier et de promouvoir Olivier Py, qui peinait à être édité en raison de la complexité de l’écriture contemporaine à l’époque.
Seconde anecdote, Flore Lefebvre Des Noettes a aussi été publiée aux Solitaires Intempestifs à l’issue d’une collaboration avec Mireille Herbstmeyer sur sa dernière pièce : « Le Pater ou comment faire vent de la mort entière » dans laquelle elles jouent également toutes les deux .
Mais bon, revenons désormais sur le parcours de Mireille Herbstmeyer, qui a également exploré le cinéma, en ayant la chance d’interpréter, entre autres, un rôle principal dans la série d’horreur Netflix «Marianne».
Et malgré les apparences, elle me racontait cette expérience comme très drôle à faire car : « c’est sans cesse excessif et être une femme habitée par une sorcière, c’est que du bonheur ! ».
Elle aime le cinéma qui vrille légèrement, le réalisme pur et dur, excusez moi du terme, « l’emmerde profondément ».
De plus, au delà du cinéma elle a pu jouer et rejouer de nombreuses pièces de théâtre, dont « La cantatrice chauve » jouée en 1991 au début de sa carrière et reprise huit ans plus tard. Elle a eu la chance de vivre une expérience extraordinaire en interprétant cette pièce pendant deux ans en Europe, notamment en Norvège et en Suède.
Mais encore, elle a pu donner un bon nombre de master classes sur l’homme qui n’as jamais connu le grand succès de son vivant, l’auteur le plus joué en France actuellement, Jean-Luc Lagarce.
Ses projets futurs s’orienteront vers un travail avec Charles Chauvet (Scénographe et Costumier), également auteur de ses propres textes, avec une production prévue l’année prochaine.
Elle se décrit comme une véritable abonnée aux expériences nouvelles !
À titre personnel, je tiens à remercier Flore Lefebvre Des Noettes de m’avoir permis de l’interviewer, et bien évidement également Mireille Herbstmeyer d’avoir gentiment pris de son temps car j’ai vraiment apprécié ce moment !




