Ecrit par Rachel Thomas | Photo par Arina Krasnikova sur Pexels
J’ai toujours aimé la pluie, danser sous une averse et rire alors que mes cheveux trempés balaient mes joues. Je n’aime pas le froid et pourtant je me mets à rêver lorsque la neige tombe, j’aime la regarder comme si cette toile toute de blanc était la plus colorée des œuvres.
Tout a commencé un soir de janvier, ou peut-être était-ce la nuit de mon anniversaire. Peut-être que c’était à l’issue d’un million de conversations, ou peut-être que tu m’avais simplement frôlé l’épaule.
Tout ce dont je me souviens c’est d’être tombée pour toi.
J’étais amoureuse, n’en attendais pas grand chose, pourtant j’ai appris que tu m’aimais en retour. Tu m’as aidé à bâtir ce bonhomme de neige au sein de mon cœur, son drôle de nez carotte ne cessait de me faire sourire. Tout comme toi.
Nous avions toujours été amis, rien ne pouvait entacher mon cœur battant, cela me paraissait être une évidence. Je l’ai pensé lorsque tu as continué à couvrir mon bonhomme de neige de cette lourde écharpe. Lorsque tu lui vêtais cet épais bonnet, ce moelleux blouson. Je n’avais rien à t’offrir en retour, je pensais que tu me comprenais.
Mais nous nous entendions si bien, je te donnais tout ce dont j’étais capable même si ce n’était que maigre consolation en comparaison de tout ce que tu étais prêt à faire pour moi.
Toutes tes pensées étaient tournées vers moi, tous tes mots, ton ombre me suivait perpétuellement. Ce spectre était si présent que j’avais l’impression qu’il s’insinuait autour de moi, pour me serrer tendrement la gorge.
Tu continuais à me couvrir encore et encore et peu à peu la neige s’est mise à fondre. Je l’ai compris bien trop tard, alors que le nez carotte avait déjà touché le sol.
Tu répétais:
« Pourquoi tu ne me réponds pas? Pourquoi tu ne me dis pas que tu m’aimes? Pourquoi tu ne vois pas tout ce que je fais pour toi? Pourquoi tu ne vois pas à quel point je suis bon? Pourquoi tu ne comprends pas que moi je t’aime? »
Un jeudi tu m’as engueulé parce que j’ai oublié de répondre à ton message. Tu étais simplement inquiet.
Le bonhomme de neige a entièrement disparu.
Durant tout un mois tu as insisté pour que je t’embrasse et je me cachais pour y échapper. Je n’osais pas te dire non, mais comment tu pouvais le deviner, ce n’était pas clair.
Il n’y a plus un seul flocon.
Un samedi tu m’as envoyé un message pour me dire que si toi et moi nous n’étions plus ensemble alors tu mettrais fin à tes jours. Parce que tu m’aimais tellement. Et moi j’étais un monstre, tu pouvais mourir à cause de mon indifférence.
La terre s’est mise à sécher, je ne vois plus aucun nuage.
Je n’ose pas dire à mes amis que je te déteste, comment pourrais-je avouer que je maudis le garçon qui est toujours si attentionné et attentif? Et puis tu es populaire, apprécié, tout le monde sait que je suis capricieuse et colérique.
Le manque d’eau me bloque la gorge et mes poumons, je peine à respirer. J’essaie de fuir mais je trébuche dans une de ces crevasses que la sécheresse a créé, je n’ai plus la force de continuer. Je subis.
Une saison entière est passée.
« Salope. Je te déteste. Je t’aime tellement. Tu me dégoûtes. Retourne d’où tu viens. Je suis désolé, j’ai peur de te perdre. Bordel, je suis prêt à commettre un meurtre si tu me laisses tomber! Toi, qu’est-ce que tu fais pour moi? Rachel, je t’aime, alors ne me quitte pas. Tu es horrible! Je suis désolé, c’est sorti tout seul, je suis dégueulasse! Je t’aime. Rachel, je t’aime. »
Tu disais. Peut-être que j’aurais dû le comprendre plus tôt, c’était de ma faute, tu me l’as dit mais je n’ai pas écouté. Toujours si gentil pour moi. Toujours.
C’est toi-même qui m’a libéré de nos liens, tel le prince que tu as toujours prétendu être. Personne ne m’a cru lorsque j’ai raconté ma captivité.
Malgré tout je n’ai pu me relever, mes membres putréfiés par l’aride chaleur, les quelques ondées ces années suivantes ne m’ont pas aidée à me remettre debout. Ta présence éclairait encore et toujours mon esprit, tes mots et ton ombre couvrant toujours les battements de mon cœur.
Tu avais raison. Bien sûr que tu avais raison. Je suis incapable d’aimer. Je ne pourrais jamais aimer quelqu’un normalement.
Et pourtant je sens quelques gouttes sur mes joues, dans mes cils, ce ne sont pas des larmes, j’en suis devenue incapable. Pourtant elles ne s’arrêtent pas.
Trois années plus tard la pluie s’est remise à tomber, je peux marcher et finalement la neige m’a de nouveau englobée. Je n’étais pas capable de créer un nouveau bonhomme de neige mais je suis restée assise parmi tout le blanc. J’ai manqué ma saison mais je suis enfin capable d’en vivre une nouvelle.




