© Photo : Jean-Louis Fernandez | Au théâtre du Rond Point | Mise en scène par Jean-François Sivadier
L’amitié véritable peut bien souffrir quelques anicroches pointées. Dans Sentinelles, trois pianistes imaginaires composent leur histoire, de la rencontre à la consécration – ou à l’oubli.
Inspiré par Le Naufragé de Thomas Bernhard (1983), Jean-François Sivadier invente avec ses interprètes trois figures singulières de musiciens. Vincent Guédon joue le brillant Mathis, cousin spirituel de Glenn Gould, qui fuit l’ombre de sa concertiste de mère. C’est pourtant grâce à elle qu’il croisera le destin du sensible Swan (Samy Zerrouki). Le lien se crée et les étincelles volent entre ces deux compères quand viennent s’opposer leurs philosophies musicales. Swan vénère Mozart et Chopin, que Mathis fustige pour leur supposée volonté de séduire, lui qui ne peut vivre qu’un rapport viscéral et torturé avec, entre autres, Bach. L’intellectuel Raphaël (Julien Romelard), vient compléter le trio en inscrivant son art dans un rôle plus social. Tous trois intègrent l’école prestigieuse d’un irascible maestro, dont la voix désincarnée et puissamment accentuée viendra amplifier leurs vies, jusqu’à un concours fatidique à Moscou.
Comment ne pas vibrer au diapason de ces magnifiques interprètes, qui usent de leur corps pour tenter de rendre visible l’insaisissable ? Le frémissement musical de l’air ne pouvant qu’échapper à nos yeux, ce sont ici les bras, les mains, le cou des acteurs qui deviennent les instruments capables d’incarner un instant l’évanescente grâce d’une variation Goldberg.
Les trois talents sur scène nous exhortent, comme eux, à « partir de soi » : identifier le particulier en nous pour ensuite le projeter au monde, qu’il nous accepte ou non. Le théâtre apparaît ici comme le lieu triomphal de cette nécessaire manifestation.





Une réponse à « Sentinelles »
[…] après le passage de Sentinelles au Théâtre du Rond-Point, Rhassène El Hamadi, Eloi Lecomte et moi-même avons eu la chance de rencontrer Jean-François […]
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