Un autre point de vue sur l’adaptation de Persona / Après la Répétition par Ivo Van Hove au théâtre de la Ville.
Un acteur.
Immergé dans la concentration, submergé par l’immensité d’une salle à l’appétit théâtral dévorant et aux yeux rivés sur l’attente d’un grand spectacle.
Cet acteur c’est Charles Berling, il vient d’être ôté de ses pensées par l’actrice Justine Bachelet, qui entre avec puissance pour venir se tasser petit à petit, dans un rôle vaguement lié aux avis personnels de cette masse intellectuelle, aux yeux perçants, doux ou aveugles. Ils marchent et courent, jouent avec le réel d’un art normalement proche de l’imaginaire sans jamais vraiment y arriver. Ils forment une paire, souvent de jambes parfois de bouches, mais jamais vraiment d’oreilles.
Une porte s’ouvre, c’est Emmanuelle Bercot. Les poumons remplis de désespoir elle ne parle pas, elle chante un air mélodieux de pragmatisme et vient souffler l’équilibre fragile de deux corps.
C’est la fin d’une première partie, laissant un goût légèrement amer.
C’est le début d’une nouvelle entrée.
Grisonnant est le début, éblouissante est la fin. Un cycle qui donne vie à la mort d’une âme jadis remplie de la genèse des mots.
Nue de corps et mue de voix, elle s’étouffe dans le silence assourdissant d’un espace comprimé, où les pressions différentielles jouent de son humanité. Ses murs tombent, soufflés par l’espoir de cette autre âme perdue, infirme de ses pensées et reflet de son passé. Les corps vides vivent et remplissent une scène pour aboutir à un versant de l’humanité, que seul un pari psychologique tenace peut faire tenir. Une réflexion qui plonge dans les abîmes sombres de l’espèce humaine, où la lumière fait parfois source d’aveuglement, surtout dans les yeux d’un miroir.
Le corps du spectacle se conclut par une coupure entre le bas du début qui met les pieds dans le plat et le haut de la fin qui donne l’eau à la bouche.
C’était assez consciencieux pour moi, une partie du mot pour d’autres.
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