Mise en scène de Benoit Giros
Texte de Pierre Notte
Avec Benoit Giros et Pierre Notte
Jouée, tout d’abord, cet été, à Avignon, la dernière pièce de Pierre Notte, mise en scène par Benoit Giros, arrive cet hiver, à Paris, au théâtre de la Reine Blanche. La pièce se joue à guichet fermé, et son succès tient tout autant à la qualité du texte et du thème de la pièce, qu’au jeu et au talent des deux acteurs sur scène, Benoit Giros et Pierre Notte.
Une merveilleuse histoire de sexe dégueulasse, aborde un sujet très contemporain qui pourrait se résumer, à la quête d’amour sans amour, incarnée ici par deux citadins cinquantenaires, qui se heurtent sans cesse à leurs tentatives illusoires de poursuivre leur vie sexuelle, dégagée des toutes contingences amoureuses. Le regard acéré que ces deux hommes portent sur eux-mêmes, se concentre au moment où leur pouvoir de séduction se tarie. Pierre Notte déconstruit pour nous, les ressorts des attentes de ces deux hommes, leurs désirs, les pièges issus de leurs fantasmes de toute-puissance dans la recherche du plaisir sexuel absolu. Bien que cette pièce ait pour support les rapports homosexuels, elle s’adresse bien évidemment à tout un chacun, hommes, femmes, homosexuels et hétérosexuels. Le prisme de l’homosexualité, n’est qu’une feinte, pour se concentrer sur toutes les problématiques narcissiques contemporaines, que cristallise la société consumériste actuelle. L’observation critique d’un monde qui réduit l’Autre, à l’état d’objet consommable, via les sites de rencontre, les rapports sexuels multiples et/ou tarifés, aboutit à la libération de fantasmes auto-destructeurs pour les deux parties engagées. L’idée brillante ici, est de s’interroger sur les effets produits, sur le consommateur, sur le client, et d’exposer les ravages produits par l’appauvrissement émotionnel induit. Il devient alors difficile, voir impossible de se soigner, de panser son corps, si l’on ne sait plus prendre soin de l’autre. La sexualité crue n’est plus montrée comme le gage leurrant, d’une jouissance exclusive, mais comme l’entrée dans le risque majeur d’un corps mutilé. Privés de tendresse, les pulsions se déchainent et entravent les corps soumis alors à l’incohérence des pénétrations.
Ces deux hommes ont fait le pari fou de penser pouvoir se protéger de l’amour et de la tendresse, par ce renoncement, leur comportement devient une dénonciation de l’illusion de l’auto-suffisance narcissique.
A l’aide d’une remarquable mise en scène, soutenue par des répliques aiguisées, cette pièce tragi-comique s’appuie sur une cadence rythmée et un texte affuté, pour nous proposer une critique intelligente et délicate. Cette pièce est aussi sensible que drôle, et c’est sans retenue, que les moments les plus drôles s’articulent aux idées les plus neuves. Et c’est tout au long du spectacle une surprise créative permanente.
Une merveilleuse histoire de sexe dégueulasse nous rappelle la pensée fondamentale que le contraire de l’amour n’est pas la haine mais l’absence d’amour. Un immense bravo, à Benoit Giros et à Pierre Notte, tous deux acteurs éblouissants, sur la scène de la Reine Blanche.




