©Photo Charles Paulicevic | Site officiel | Théâtre 14

Amis de la bienveillance, tremblez ! Dans Maîtres Anciens, le vieux critique Regen, incarné par un Nicolas Bouchaud volcanique, nous invite à un rendez-vous méchamment jubilatoire dans les galeries feutrées du musée d’art ancien de Vienne.

En détestateur assumé, l’acteur seul en scène fait virevolter le texte de Thomas Bernhard comme une arme de destruction massive du patrimoine intellectuel européen. Tous les grands artistes et philosophes allemands ou autrichiens en prennent pour leur grade. Beethoven ? Un lourdaud. Heidegger ? Un banal nazi. Stifter ? N’en jetez plus…

La mise en scène astucieuse d’Eric Didry souligne les coups d’éclat verbaux par quelques détonations explosives, habilement insérées dans la flamboyante logorrhée.

Mais pourquoi donc est-il aussi méchant ? Plus le jeu de massacre avance, plus les fêlures se révèlent. Un deuil. Un appétit trop grand pour la perfection. La solitude. L’art des morts ne saurait suffire à panser les plaies des vivants.

En imaginant faire table rase du passé, la figure superposée de Bernhard, Regen et Bouchaud semble nous mettre au défi de nous réinventer, sans se cacher derrière les figures sacrées de nos ancêtres. Chiche ?

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