Photo : © Suzanne Rault-Balet | Bouffes du Nord | Site Officiel
La mise en scène d’Anne Suarez pour le Prix Olga Horstig 2023 raconte l’histoire d’une troupe qui tente de condenser l’intégralité des œuvres de Molière en un seul soir. Au cœur de cette ambition, on trouve des comédiens dédiés, un hommage poignant au plus célèbre des dramaturges français et une déclaration d’amour à l’art théâtral.
Au fil de la représentation, le public est immergé dans les tumultes et les joies des membres de la troupe. Leurs relations complexes, qu’elles soient naissantes ou en déclin, leurs doutes et leur affection indéfectible sont exposés avec authenticité.
Les comédiens étaient évidemment géniaux, mention spéciale à Lola Bée, Nawelle Evad, Florence Banks & Jonas Hirsch. Malheureusement, tous les rôles ne semblent pas être à la hauteur du talent exceptionnel des acteurs, ce qui limite parfois leur capacité à exprimer pleinement leur potentiel artistique. Je pense notamment à Guillaume Ercker, qui n’aura eu comme seul moment de gloire que 5 magnifiques minutes avec un bébé. Difficile de briller quand le reste de son rôle est de se faire engueuler par ses camarades pour son alcoolisme.
La mise en scène est audacieuse. Le long rideau translucide servant à la fois de quatrième mur et de paravent entre la vie de la troupe et les œuvres de Molière m’a beaucoup plu. L’introduction en vidéo de casting est marquée par un humour mordant et une présentation ingénieuse des comédiens. Malheureusement certains éléments de la mise en scène, probablement dus aux contraintes du concours, manquent de cohérence et de finition.
La durée prolongée de la pièce est un double tranchant. Si elle offre aux comédiens une plateforme nécessaire pour briller, elle dilue l’intensité dramatique et disperse l’attention du public. Ce compromis est compréhensible, c’est là le début de carrière de ces jeunes comédiens et il leur faut être vu, mais je soutiens bien qu’il faille trouver un équilibre plus harmonieux.
Malgré toutes ces critiques, loin de moi l’idée de dire que je n’ai pas aimé. Ce qui fut pour moi le point culminant réside sans doute dans le salut final, où l’émotion et la passion des comédiens transparaissent avec une intensité bouleversante. Ces instants de vulnérabilité ajoute à leur talent déjà visible une profession amour pour l’art qu’ils incarnent. Ils avaient dans les yeux une excitation et un émerveillement purement enfantin, dans le bon sens du terme.
En fin de compte, j’ai aimé cette pièce, bien que longuette et parfois presque incompréhensible. Une direction plus affûtée et une gestion plus équilibrée du temps auraient pu transcender l’expérience. Néanmoins, la sincérité et la ferveur qui imprègnent la plupart des scènes m’ont touché et c’est déjà bien assez.




