Photo : Sylvain Martin/Square & Martin’s | Théâtre l’Echangeur | Site officiel
C’est un drôle de récit qu’offre là l’autrice Metie Navajo. Une histoire où les époques se télescopent. Le monde « techno-moderne », les déracinés mayas et une anachronique famille d’une communauté mennonite se côtoient à travers deux personnages féminins principaux. Cécilia, une jeune femme, fille de paysan mexicain, d’origine maya, qui vient d’enterrer sa grand-mère dans la forêt où elle a vécu alors même que ce lieu, “le plus éloigné des États-Unis et le plus proche de Dieu”, est en train d’être détruit; et Amalia, la plus grande des deux sœurs d’une famille mennonite, que le désir de s’inventer une liberté taraude. Quand au père de Cécilia, c’est un paysan qui se fait accaparer ses terres par ceux venus d’Europe et qui subit la déforestation. D’autre part, avec la monoculture de soja transgénique élevé au glyphosate et l’arrivée d’un train pour favoriser le tourisme on se croit même un moment lancé dans un plaidoyer pour le respect des populations autochtones maltraitées par l’irrésistible avancée de la mondialisation capitaliste.
La déforestation et l’expansion des champs de soja pour maintenir le rythme de consommation imposé par la mondialisation est matérialisé par un arbre nu et presque déjà mort en arrière scène.
Au plateau, le metteur en scène, Jean Boillot fait aussi jouer ses interprètes dans un cadre blanc qui tranche avec un fond de scène baigné de nuit. Le plateau devient alors un espace d’affrontement symbolique entre ombre et lumière.
Dans cette pièce, la protagoniste erre entre deux choses : non seulement la recherche de ses racines et la volonté d’offrir à sa grand-mère maya, espèce de figure fantasmagorique étrange qui rôde, la sépulture qu’elle mérite en accord avec ses croyances, mais aussi son désir de liberté, loin de l’aliénation du travail et de son père désabusé. Alors la forêt évolue petit à petit avec elle, au rythme des légendes et de la langue maya : et dès qu’elle reprend ses droits, les murs nus laissent place aux feuillages touffus et verdoyants.
Ainsi, dans cette sorte de conte moderne, Métie Navajo par son texte et Jean Boillot par sa mise en scène nous offrent une lecture plurielle et complexe de l’identité aujourd’hui : avec des personnages adolescents jamais à leur place, enfermés dans des catégories sociales figées, épris d’un désir de liberté tout en gardant un pied dans leur culture, la pièce nous ouvre de nouveaux horizons, de nouvelles pistes de réflexion et beaucoup d’espoir.
À titre personnel, malgré le fait que la pièce ait été un tantinet trop longue à mon goût, j’ai tout de même beaucoup appréciée la simplicité éloquente, la précision des interprètes, le travail sonore d’une grande beauté et la sobriété tranchante des dialogues qui donnaient au récit une grande netteté dans l’atmosphère mystérieuse d’un conte d’aujourd’hui. De plus, il était également très intéressant d’en apprendre plus sur la situation d’un pays souvent méconnu et que cette pièce se termine en réaffirmant le rôle primordial des femmes dans cette histoire. En conclusion, La terre entre les mondes est un spectacle politique et poétique très bien abouti, jamais démonstratif, tout en affleurements et en sensibilité.




