Photo : Jean-Louis Fernandez | Odéon Théâtre de l’Europe – Ateliers Berthier | Site Officiel
Mise en scène Sylvain Creuzevault
A l’heure ou la tentation fasciste n’a jamais été aussi vivace en Europe, Sylvain Creuzevault et Julien Vella nous invitent dans Edelweiss [France Fascisme] à participer à un devoir de mémoire – non pas du côté des victimes, mais bien des complices, en ressuscitant des figures connues de la collaboration comme Pierre Laval, mais surtout des intellectuels comme Robert Brasillach et Lucien Rebatet, courageusement incarnés par les comédiennes Charlotte Issaly et Lucie Rouxel.
En enchaînant les tableaux de 1941 à la libération, ils déconstruisent les rouages de la mécanique intellectuelle et relationnelle du camp des futurs « vaincus ». On les remerciera d’un effort particulier quant à l’accessibilité de la pièce : l’oeuvre est abordable et pédagogique, notamment grâce aux séquences filmées, et aux indications temporelles qui donnent à l’ensemble une précision quasi-documentaire.
Le spectaculaire est pourtant bien là. D’un montage frénétique autour de la « décadence » qui évoque pêle-mêle Laurent Wauquiez, Gainsbourg et Mère Thérésa, en passant par un Louis-Ferdinand Céline scatophile, ou un grandiose défilé statuesque à la gloire de l’ « homo fascismus », le pouvoir de séduction de l’idéologie brutale fascine autant qu’il révulse.
Un emploi ludique des accents – un Laval terrien, des SS wagnériens, et un Hitler façon Chaplin – vient souligner les caractères sans les faire tomber dans la caricature. Tout ici reste effroyablement humain, jusqu’à la déclaration finale d’un Brasillach condamné, nous renvoyant à nos cas de conscience de vainqueurs.
On oubliera donc vite quelques longueurs, comme dans la scène des coups de téléphone entre collabos cédant à la panique post-débarquement, pour retenir une capacité admirable à évoquer le fascisme non pas comme un « autre » monstrueux, mais bien une émanation endogène, cancéreuse, de nos démocraties et de nos êtres, qui prend racine dans une forme de recherche désespérée d’absolu.




